Interview de Madame Colette Saulnier


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Interview de Madame Colette Saulnier
Interview de Madame Colette Saulnier
Photographe reconvertie à la profession de conseillère en économie sociale et familiale depuis 9 ans, profession qu'elle exerce depuis un certain temps déjà à l'Hôpital à Domicile de la Croix Saint Simon, Colette Saulnier, nous livre sa vision de l'activité en HAD.


Retraite plus (RP): Madame Saulnier, expliquez-nous le fonctionnement de l'HAD

Colette Saulnier (CS):" Au contraire de l'hôpital établissement, l'HAD est éclaté sur différents territoires et s'intègre à la vie des personnes qui doit être respectée pour l'aider au maximum à se maintenir au domicile. L'hospitalisation à domicile est requise plutôt que le recours aux soins d'un infirmier libéral lorsque les soins sont complexes et longs. Non pas que les infirmiers et infirmières n'aient pas les capacités d'intervenir auprès de la personne mais certains soins demandent des soins précis et des techniques qui nécessitent la confrontation entre professionnels ou encore des moyens qu'un infirmier libéral n'aurait peut - être pas. Le personnel d'un hôpital à domicile suit des formations et il en ressort des connaissances particulières. Les escarres et certains pansements complexes seront par exemple tout à fait indiqués pour un soin en HAD.

RP: Comment savoir quand il faut une hospitalisation à domicile plutôt que des soins infirmiers classiques?

L'hôpital à domicile a des infirmières coordinatrices qui sont chargées d'aller dans les hôpitaux et de faire un point sur les patients avant leur retour à domicile et de proposer une solution d'HAD. Ce sont elles qui savent déterminer le profil des patients aptes au niveau médical à recevoir des soins en HAD. Quoiqu'il arrive, dans tous les cas, l'hospitalisation à domicile démarre grâce à une prescription médicale du médecin hospitalier ou du médecin généraliste.

RP: Quel est le rôle du social dans le cadre d'une HAD?

CS: Plus que jamais, le travailleur social a son rôle à jouer car les besoins à domicile peuvent être plus importants. En effet, ce qui n'était pas difficile dans un hôpital établissement le devient à domicile car la personne n'est plus déconnectée de ses soucis. A domicile, elle doit faire face à tout, ses factures, ses difficultés financières. Se lever pour ouvrir la porte aux infirmières, faire les courses, assumer le manque d'argent à cause d'un arrêt maladie par exemple, le risque d'expulsion... La prise en charge sociale de la personne hospitalisée à domicile est donc très large et ouverte avec toutes les problématiques de la vie qui deviennent plus dures à gérer quand on est malade.

RP: Comment faites - vous en tant que travailleur social pour les aider?

CS: Notre intervention fait suite soit à un constat de la personne elle -même d'un besoin d'aide, soit d'une interpellation par les soignants ou l'infirmière coordinatrice. Pour pouvoir réagir au mieux et faire un travail d'accompagnement et non d'assistanat de qualité (et le terme a son importance), notre action ne doit pas se faire dans l'urgence. Il faut prendre le temps de faire une évaluation lors d'une réunion pluridisciplinaire car chaque personnel ressent et perçoit la situation selon un prisme différent.

RP: Qu'en est - il des personnes âgées hospitalisées à domicile?

CS: C'est très variable. Elles résistent avec leur faculté de dire non. Les personnes âgées sont un peu mises de côté au niveau socio-professionnel car la société ne les voit plus, ce qui est très dur pour elles car elles ne sont plus considérées comme des adultes. L'image que leur renvoie la société les rend encore plus résistantes que les autres face à l'aide qu'on peut leur apporter. C'est en quelque sorte une manière d'avoir du pouvoir sur sa propre vie. Une des difficultés majeures pour les personnes âgées c'est la survenance de troubles cognitifs avec une question essentielle: à quel moment faut -il demander une mesure de protection judiciaire.

RP: Comment réagissez-vous justement en cas d'altération des facultés mentales?

CS: Je veux toujours prendre le temps de parler avec la personne et ne pas la prendre en traitre. A ce sujet, j'ai eu l'occasion de m'opposer sérieusement à un cadre de santé qui souhaitait faire une demande de mise sous tutelle. Il s'agissait d'une vieille dame de 92 ans, seule et sans enfant qui avait vécu une histoire d'amour fusionnelle avec son époux, décédé seulement deux ans auparavant. C'était une femme de tête (elle était la tête et lui les jambes, comme cela peut arriver dans l'organisation interne des couples). Cet élément a son importance car le soignant pensait devoir solliciter une mesure de protection juste parce que cette dame ouvrait la porte de sa maison tous les matins dans sa cuisine, dès qu'elle se levait. Le personnel soignant indiquait qu'elle se mettait en danger. En discutant avec elle, elle m'expliquait que tous les matins son époux allait faire les courses et qu'elle avait l'habitude de lui ouvrir la porte pour ne pas qu'il soit dérangé à son arrivée. Autrement dit, son comportement avait une logique et traduisait simplement l'absence de deuil du mari décédé il y a peu. Dans certains cas, selon moi, il faut savoir attendre avant de déclencher une mesure de protection car même si la justice prend du temps, agir trop tôt serait hâter la personne vers le cimetière. Dans leurs phases de lucidité, les personnes âgées n'ont pas envie d'être dépossédées de leur pouvoir citoyen. Avec l'âge l'horizon se restreint d'office et placer une personne âgée trop tôt sous mesure de protection judiciaire c'est la déposséder un peu plus d'un sens donné à sa vie."

Avec un regard empreint de son expérience passée d'artiste photographe, Madame Saulnier nous a révélé les difficultés des rencontres des mondes: monde des soignants avec celui des travailleurs sociaux, monde des personnes diminuées et âgées avec celui des professionnels. Une rencontre qui doit automatiquement se faire avec écoute et respect des valeurs de l'autre et plus particulièrement de la personne à protéger.

 

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