Les émotions peuvent-elles raviver les souvenirs des malades d’Alzheimer ?


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Les émotions peuvent-elles raviver les souvenirs des malades d’Alzheimer ?
Les émotions peuvent-elles raviver les souvenirs des malades d’Alzheimer ?

La vidéo d’une ancienne ballerine atteinte aujourd’hui d’Alzheimer et capable de simuler les gestes exacts de son ancien spectacle nous a interpellés, comme beaucoup. Retraite Plus a contacté une neurologue pour en discuter. Le point sur une mémoire sensorielle capable de conserver intacts certains souvenirs des malades d’Alzheimer.

 

Récemment, une vidéo nous a tous émus sur les réseaux sociaux. Celle de Marta C. González, une ancienne danseuse professionnelle atteinte aujourd’hui de la maladie d’Alzheimer. Tandis qu’on lui fait écouter le “Lac des Cygnes” de Tchaïkovski, cette ancienne ballerine se remémore, avec précision, plus de 50 ans après, les gestes de son spectacle. Cette scène extrêmement touchante est aussi révélatrice des caractéristiques de la maladie d’Alzheimer. “Dans le cas de cette danseuse, il s’agit de la mémoire procédurale, qui perdure longtemps”, explique le Dr Sandra Benizri, neurologue. Elle précise en effet qu’il existe différents types de mémoire et que la mémoire procédurale fonctionne selon des circuits différents des autres types de mémoire. 

 

 “Les sentiments représentent également des vecteurs importants pour conserver ou faire resurgir des souvenirs.”

 

Une personne souffrant d’Alzheimer connaît des difficultés à stocker les nouvelles informations mais également à trouver les informations déjà stockées. Cependant, des souvenirs enfouis ne sont pas forcément perdus à tout jamais. Si l’on constate souvent qu’un proche atteint d’Alzheimer se sépare progressivement de son passé, récent puis lointain, tout n’est pas perdu. De nombreux souvenirs importants peuvent rester gravés quelque part en attendant d’être stimulés. “Plusieurs sens sont très efficaces pour faire resurgir les souvenirs et particulièrement l’odorat et l’ouïe. La musique a dû rappeler à cette ballerine ses anciens souvenirs,” constate la neurologue.

 

Elle ajoute que les sentiments représentent également des vecteurs importants pour conserver ou faire resurgir des souvenirs. L’importance d’un événement n’est pas tant dans le fait lui-même que dans la puissance du sentiment qui l’a accompagné. Ce peut être une grande joie ou une forte émotion mais également la peur ou d’autres impressions marquantes, positives ou négatives. “On peut par exemple se souvenir de détails liés à un choc.  On aura tendance à se rappeler des éléments marquants parce qu’ils ont été accompagnés de beaucoup d’émotions. Les éléments plus anciens sont aussi plus faciles à rester gravés que les événements récents.” 

 

“Nous comprenons pourquoi les EHPAD mettent un tel accent sur les ateliers sensoriels et espaces Snoezelen pour les malades d’Alzheimer. ”

 

Grâce aux éclaircissements du Dr Benizri, nous comprenons pourquoi les EHPAD mettent un tel accent sur les ateliers sensoriels et espaces Snoezelen pour les malades d’Alzheimer. En plus de procurer bien-être et relaxation à des personnes souvent agitées, ils ont une véritable fonction de vecteurs de souvenirs et stimulateurs de mémoire, grâce à la stimulation sensorielle. Des souvenirs enfouis depuis longtemps peuvent ainsi réapparaître…

 

 “Pour prévenir la maladie, l’aspect social est fondamental”

 

Rappelons qu’à ce jour la recherche ne permet, hélas, toujours pas de soigner la maladie d’Alzheimer. On peut ralentir mais on ne peut pas stopper la dégénérescence lorsqu’elle a commencé. Les médicaments servent surtout à améliorer les symptômes et à les ralentir. Outre la perte de mémoire caractéristique de la maladie d'Alzheimer, il existe en effet de nombreux symptômes dont plusieurs symptômes psychiatriques comme la dépression, l’agitation et la déambulation liée à la désorientation et à la perte du rythme circadien d’éveil et de sommeil. 

 

Parmi les démences les plus fréquentes se trouvent la maladie d’Alzheimer et la démence vasculaire qui consiste en une atteinte vasculaire diffuse qui lèse les vaisseaux sanguins vers le cerveau. “Actuellement, on vise surtout la prévention et la diminution des facteurs de risque. L’activité physique et le sport sont très conseillés. En effet, l’oxygénation du cerveau est fondamentale. On peut aussi mentionner une part héréditaire concernant la maladie d’Alzheimer mais qui reste très faible et concerne plutôt les cas d’Alzheimer précoce.” 

 

Si sentiments et émotions stimulent la mémoire des malades d’Alzheimer, les interactions sociales avec tout ce qu’elles impliquent représentent un facteur clé de diminution des risques de développer la maladie d’Alzheimer. “Pour prévenir la maladie, l’aspect social est fondamental. La dépression représente un facteur de risque important tout comme une vie isolée. L'interaction sociale est fondamentale pour prévenir les démences. Cela garde le cerveau actif et quand une personne est isolée son cerveau est moins sollicité,” explique le Dr Benizri. 

 

“L’isolement des séniors en hausse en 2020”

 

Selon une enquête réalisée par la Fondation de France et rapportée par Ouest France, 14% des Français se trouvent en situation d’isolement social contre 9% en 2010. “En 2020, 22 % des Français sont dans une situation relationnelle fragile, n’entretenant de relations soutenues qu’avec un seul réseau. Or, celui-ci peut disparaître après un accident de la vie, décès, divorce, licenciement, maladie…”

 

Cette situation qui touche surtout les séniors est particulièrement alarmante pour plusieurs raisons et surtout au vu de l’importance du lien social comme facteur de diminution des risques de la maladie d’Alzheimer évoqué par le Dr Benizri.

 

Quelles sont les conséquences de l’isolement sur notre cerveau ? 

 

Par ailleurs, une étude réalisée par une équipe de scientifiques allemands et rapportée par Santé Log, le site spécialisé de la communauté des professionnels de santé, a analysé les conséquences de la distance sociale sur notre cerveau. L’étude, menée sur le poisson zèbre mais dont les conclusions s’étendent à l’Homme, a identifié un neuropeptide, le Pth2, comme “indicateur de socialisation.” “L’auteur principal, Erin Schuman de l'Institut Max Planck pour la recherche sur le cerveau décrit cette molécule cérébrale « comme un thermomètre de la présence d'autres personnes dans l'environnement.” Ce neuropeptide servirait à inverser les effets de l’isolement. L’étude a ainsi constaté que plus les poissons étaient isolés plus le Pth2 augmentait dans leur cerveau. 

 

“L’Homme est un être sociable”, nous disait déjà Aristote. Même si les impératifs sanitaires doivent être respectés, les professionnels de la santé s'accordent à penser que tout doit être mis en oeuvre pour éviter l’isolement des plus âgés.

Parmi d’autres initiatives salutaires, notons par exemple qu’un nouveau protocole sanitaire autorise les visites en chambre et les sorties des résidents du 15 décembre au 3 janvier. (Le Monde). Cet assouplissement des règles au sein des EHPAD a été accueilli avec beaucoup de soulagement par les familles et les intéressés à la veille des fêtes. 

 

Même si la mémoire des malades d’Alzheimer est de plus en plus touchée au fur et à mesure que la maladie progresse, le siège des émotions reste intact. Sociabilité, éveil des sens, tendresse et affection peuvent faire de grandes différences tant dans la prise en charge de la maladie que dans sa prévention. 

 

Pour toute question relative aux établissements qui prennent en charge les personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer et pour bénéficier d'un accompagnement gratuit durant toutes vos démarches, nos conseillers en gérontologie se tiennent à votre disposition au 

N° VERT : 0 800 941 340



Rédaction : Rachel Gaillard
Rédactrice en chef
14 décembre 2020, à 18h34

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