Notre cerveau nous ferait-il grossir ?


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Notre cerveau nous ferait-il grossir ?
Notre cerveau nous ferait-il grossir ?

Existe-t-il un régime efficace ? Notre cerveau ferait tout pour nous faire reprendre les kilos perdus... 

Le rapport entre psychisme et comportements alimentaires n’est un secret pour personne. Certaines attitudes extrêmes caractéristiques de la boulimie de l’anorexie ou autres rapports dysfonctionnels à l’alimentation sont certes directement liées à un mal-être mais ne sont pas les seules. De plus en plus d’études se penchent sur l’impact de notre inconscient sur certains mécanismes naturels de notre organisme qui pourraient bloquer toute tentative de régime. Notre cerveau serait-il à l’origine des kilos qui reviennent à la charge ? Faisons le point.

 

La plupart de ceux qui ont connu les affres des régimes savent que les kilos ont vite fait de montrer le bout de leur nez dès que l’on a le dos tourné. Régimes à répétition, privations et obsession de la balance et des calories restent souvent hélas sans écho ou du moins sur du long terme. Pourquoi est-il si difficile de perdre du poids de manière durable ? Quels sont les facteurs qui entrent en ligne de compte ?

Identifier les limites psychologiques à une perte de poids

« J’te croque, j’te bouffe, je mange ces petites cuisses », qui n’a jamais adressé certaines évocations similaires à un petit enfant pour lui témoigner son amour ? Ce langage fortement symbolique n’est pas le fruit d’un hasard. Il ne fait que témoigner du rapport qui existe entre l’affect et la nourriture, présent depuis notre plus jeune âge et mis en exergue par les psychologues.

Il existe ainsi plusieurs paramètres familiaux, sociaux ou personnels qui déterminent le rapport de chacun avec son assiette, au-delà de la simple sensation d’appétit ou même l’envie de manger. Les comportements alimentaires sont avant tout liés aux différentes valeurs affectives véhiculées au sein de chaque famille. Pour certains, témoigner cette affection revient à valoriser les formes généreuses, à servir de manière copieuse, à accepter de manger sans rechigner. Ces conceptions fortes empêchent souvent les membres d’une famille de rester à l’écoute de leur sentiment de satiété. Pour faire plaisir, on sert généreusement et on termine son assiette.

En outre, la nourriture vient souvent combler un manque affectif. On peut manger pour de nombreuses motivations qui n’ont rien à voir avec la faim. Ennui, déception, stress sont autant de mauvaises raisons qui nous mènent directement au frigidaire. Il faut ajouter que lorsque l’on mange pour les mauvaises raisons on fait également des choix de nourriture qui laissent à désirer. Le but étant d‘assouvir un besoin qui est ailleurs, on a tendance à se précipiter sur le trop sucré, trop gras ou trop salé en un temps record sans pour autant avoir réellement comblé le manque. Les psychologues ont également mis en avant d’autres motivations inconscientes au surpoids comme la mise en place d’une barrière protectrice face à un désir sexuel parfois effrayant, la peur de plaire, ou, au contraire, un moyen de se fixer un objectif valorisant qui passe par un hyper-contrôle de son assiette et finit inexorablement en un lâcher-prise de compensation.

Comment notre cerveau régit notre poids

Le cerveau régule toutes les fonctions de l’organisme, dont 90% se fait de manière inconsciente et bien heureusement. Digestion, respiration, stress, circulation sanguine, taux de glycémie dans le sang ou autres fonctions vitales sont ainsi orchestrées par ce maestro d’exception, indépendamment de notre bon vouloir et selon certains « programmes cérébraux », ou mécanismes propres à chacun. Ainsi, plusieurs études ont permis d’établir un lien direct entre notre inconscient et la régulation de notre poids. Si le poids est défini comme le rapport entre la nourriture et la quantité d’énergie que l’on brûle, tous les régimes auraient tendance à occulter le fait que la faim et la consommation d’énergie sont contrôlées par le cerveau. Ce serait donc bien lui qui fixerait notre poids idéal sans consulter notre garde-robe. C’est ce que souligne Sandra Aamodt, neurobiologiste et rédactrice scientifique américaine dans son approche révolutionnaire de la question du surpoids. Elle explique dans son ouvrage, pourquoi les régimes font grossir, que de la même manière que le corps a besoin d’un certain nombre d’heures de sommeil, sur la base d’expériences de vie et de facteurs biologiques et génétiques, le cerveau dispose d’une fourchette de poids privilégiée qu’il va s’efforcer d’atteindre. Cette fourchette adaptée à chacun nous laisse une marge de manœuvre de 4 à 6 kg sur laquelle nous pouvons agir. On peut se situer dans la limite inférieure grâce à une bonne hygiène de vie, mais il est très difficile de sortir de cette limite. L’hypothalamus, située dans le cerveau, analyse diverses informations comme le taux de sucre dans le sang, le stock de lipides et autres apports nécessaires, afin de réguler l’appétit en fonction de ces données et indique au corps s’il doit prendre ou perdre du poids. En agissant comme un thermostat, il s’adapte aux changements de situations afin de maintenir le corps au même poids, celui qu’il juge normal. Ainsi, le poids cible fixé par le cerveau n’est pas forcément celui que nous jugeons idéal. Il peut en réalité correspondre à un surpoids parce que nous avons habitué notre organisme pendant des années à fonctionner avec ce poids-là et que le cerveau recherche avant tout la stabilité. Tous les régimes que l’on pourra entreprendre ne feront que stimuler le cerveau à tout mettre en œuvre pour récupérer le poids perdu.

Pourquoi est-il si difficile de ne pas reprendre du poids après un régime ?

Ces études récentes basées sur l’impact de notre inconscient sur le poids confirment un constat répandu sur les lacunes de la plupart des régimes et les échecs fréquents concernant une perte de poids de manière durable. Sandra Aamodt va même jusqu’à dire que les régimes favoriseraient au contraire une prise de poids supplémentaire car le cerveau aurait tendance à « stocker » en prévision de la prochaine période de manque. Le métabolisme s’habituerait aussi à dépenser moins de calories en période de régime pour faire face aux restrictions, habitude qui aurait tendance à perdurer alors que la personne mange à nouveau normalement, et ce, jusqu’à ce qu’elle ait atteint son poids d’origine, même si cela doit prendre plusieurs années. Cette approche expliquerait pourquoi certaines personnes oscillent entre minceur et rondeurs et multiplient les régimes tout au long de leur vie.

Est-il alors possible de maigrir ?

Contrairement aux idées reçues, plus le poids fait l’objet d’une obsession et d’une volonté de contrôle chez une personne et plus elle aura tendance à développer certaines réactions soudaines de consommation frénétique ou à prendre du poids facilement. Plusieurs études ont montré que des jeunes filles qui ont fait un régime au début de l’adolescence alors qu’elles avaient un poids normal sont trois fois plus susceptibles d’être en surpoids cinq ans plus tard. Selon Sandra  Aamodt, la seule solution pour ne pas prendre de poids serait de faire du sport chaque jour et de ne manger qu’à sa fin. Même si la neurobiologiste laisse entendre que la nature reste injuste en matière de poids et qu’il est très difficile de sortir d’une prédisposition, elle nous apporte une lueur d’espoir. Surveiller son alimentation en amont resterait le meilleur moyen de prévenir le surpoids. Il vaudrait donc mieux se concentrer sur le fait de ne pas prendre de poids que sur les tentatives pour en perdre. Avec une approche saine de la nourriture, on évite les écarts, et l’on a beaucoup plus de chances de ne pas prendre de poids, voire d’en perdre si l’on avait l’habitude de manger sans avoir faim. Il est important de réapprendre à manger à sa faim et non au-delà.

Un travail psychologique permettra en outre de s’affranchir de certaines barrières et schémas comportementaux qui nous poussent à manger sans attendre d’avoir faim ou à utiliser l’alimentation comme palliatif affectif.

 

 

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