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Droits & Santé > L'entrée en EHPAD peut-elle dépendre d'une décision juridique?
Votre parent atteint d’Alzheimer a besoin d'une prise en charge en EHPAD, mais refuse catégoriquement d'y entrer. Comment gérer ce refus ? Quels sont vos droits et ceux de votre proche ? Quelles sont les alternatives possibles à la maison de retraite médicalisée ? Découvrez dans cet article les enjeux d’une admission en EHPAD sans consentement et les recours possibles pour garantir le bien-être et la sécurité de votre proche âgé.
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À retenir • Le consentement d'une personne âgée atteinte d'Alzheimer est en principe obligatoire pour une admission en EHPAD.
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En France, la loi* du 2 janvier 2002 stipule que l’entrée en établissement ne peut se faire qu’avec le « consentement éclairé » de la personne âgée. A priori, même un senior atteint d’Alzheimer ne peut donc être placé en EHPAD contre sa volonté.
Cependant, la loi ne garantit ce droit que si « la personne est apte à exprimer sa volonté et à participer à la décision. »
Or lorsque les troubles cognitifs sont avancés, le malade n’est souvent plus être en mesure d'évaluer avec lucidité sa situation et les risques qu'il encourt. Dans ce cas, la loi prévoit des dispositifs permettant aux proches et aux professionnels de santé d'agir dans l'intérêt de la personne, même sans son accord explicite. Il ne s'agit pas d’une privation de liberté arbitraire mais d’une mesure nécessaire pour garantir son bien-être et sa sécurité.
L'entrée en EHPAD sans consentement n'est pas une décision anodine. Elle est envisagée lorsque le maintien à domicile devient réellement dangereux ou impossible.
Lorsque la maladie d'Alzheimer progresse, les capacités physiques et cognitives de la personne âgée se dégradent progressivement. Elle peut ne plus être en mesure de :
préparer ses repas,
faire sa toilette,
se déplacer…
À cette perte d’autonomie importante, s’ajoutent encore des troubles de la mémoire, du jugement, de l’orientation et du langage. Dans ce contexte, le maintien à domicile devient, bien souvent, impossible. L’entrée en EHPAD est alors nécessaire pour garantir au senior une prise en charge et des soins adaptés.
Lire aussi : Connaissez-vous les différents stades de la maladie d’Alzheimer ?
Généralement, c'est souvent l'impératif de sécurité qui agit comme un déclencheur pour les proches. Une personne atteinte d'Alzheimer peut oublier d'éteindre le gaz, sortir seule de chez elle la nuit, tomber à répétition ou se tromper dans la prise de ses médicaments.
Souvent, même avec le dévouement des aidants, et l’intervention d'auxiliaires de vie, ces dangers ne peuvent être totalement maîtrisés. L'admission en EHPAD peut alors s'imposer comme une nécessité vitale.
L'aidant familial (conjoint, enfant, proche…) joue un rôle central dans l'accompagnement d'un malade Alzheimer. Mais cette mission peut devenir épuisante, physiquement et psychologiquement. Lorsque l'aidant est lui-même en danger de burnout, de dépression ou que son état de santé se fragilise, il n’est plus à même d’aider son parent à domicile. Dans ce contexte, l'entrée en EHPAD protège à la fois le malade et l'aidant, et leur permet de retrouver un lien plus serein.
Selon l’article L311-3 du Code de l’Action Sociale et des Familles, si une personne n'est plus en mesure de choisir seule son lieu de vie, c’est le consentement de son représentant légal (son tuteur, curateur ou proche bénéficiant d'une habilitation familiale) qui doit être recherché. Il ne peut cependant pas prendre cette décision tout seul.
Si une entrée en EHPAD s’impose, le représentant légal doit obtenir l’accord du juge des contentieux de la protection (ancien juge des tutelles). C’est lui qui sera à même de décider de la nécessité du placement en établissement.
Pour statuer, le juge s’appuie sur un avis médical qui atteste de l'altération des facultés du senior et de l'impossibilité de le maintenir à domicile en toute sécurité.
Il cherche ensuite le meilleur équilibre entre le souhait du parent de rester à domicile et la nécessité de le mettre en sécurité dans un établissement adapté.
Si un conseil de famille a été mis en place, cette assemblée (composée de 4 à 6 membres de la famille ou amis de confiance) discute du placement en EHPAD, sous la supervision du juge.
Ensemble, ils doivent lui prouver que l'entrée en EHPAD est l'unique solution pour garantir la sécurité et la santé de leur proche atteint d’Alzheimer.
Plusieurs professionnels de santé interviennent tout au long du processus d’admission d’une personne âgée en EHPAD.
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Fonction |
Mission |
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Médecin traitant |
Il rédige un certificat médical attestant de la perte d'autonomie et des risques liés au maintien à domicile. |
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Médecin agréé (inscrit sur la liste du Procureur) |
Seul habilité à rédiger le certificat médical circonstancié nécessaire au juge pour valider une mesure de protection juridique. |
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Gériatre |
Il réalise une évaluation approfondie des capacités du senior pour l’orienter vers une solution plus adaptée (UVP, UHR…). |
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Assistante sociale |
Elle aide la famille à constituer le dossier d’admission et à obtenir les aides financières disponibles (APA, aide sociale à l’hébergement…). |
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Le médecin coordonnateur de l’EHPAD |
Il évalue si l'établissement correspond bien aux besoins de santé et au niveau de dépendance de la personne avant son admission. |
Vous ne savez pas quel établissement choisir ? Les conseillers Retraite Plus vous aident à trouver une maison de retraite médicalisée adaptée aux besoins de votre proche âgé atteint d’Alzheimer. Vous pouvez les contacter dès aujourd’hui au 0800 941 340. Ce service d’accompagnement est totalement gratuit pour les familles.
Placer une personne âgée atteinte d’Alzheimer en EHPAD sans son consentement, n’est pas chose aisée. Les démarches administratives se déroulent en plusieurs étapes.

Cette étape est indispensable. Pour agir à la place du résident, il convient dans un premier temps, d’entamer une procédure de tutelle, de curatelle ou d’habilitation familiale. En se basant sur le certificat médical circonstancié et après avoir auditionné la famille (et le senior concerné si possible), le juge validera ou invalidera la nécessité d’entrer en EHPAD.
Même lorsque le placement en EHPAD se fait sur décision du juge, il faudra remplir le dossier d’admission. Ce dossier contient un volet médical et un volet administratif. Il devra par ailleurs être complété par différents documents justificatifs tels que :
la copie d’une pièce d’identité du futur résident
son attestation de droits à l’Assurance maladie,
son avis d’imposition ou de non imposition,
la décision de mise sous protection juridique (le cas échéant)
le certificat médical circonstancié…
L'EHPAD peut vous aider à remplir ce dossier.
Lire aussi : Dossier d’admission en EHPAD : formalités, démarches et documents indispensables
Le médecin traitant fait une première évaluation de la perte d’autonomie de la personne âgée atteinte d’Alzheimer pour remplir le certificat médical. Puis, après l’admission en EHPAD, le médecin coordonnateur évalue le niveau de dépendance (GIR) du résident. Cette évaluation se fait au regard de la grille AGGIR (Autonomie Gérontologie Groupes Iso-Ressources) et vise à adapter la prise en charge en conséquence.
La détermination du GIR conditionne également l'attribution de l'APA (Allocation Personnalisée d'Autonomie), la principale aide pour financer le séjour en EHPAD.
Plutôt que de contraindre la personne âgée à entrer en EHPAD, d’autres solutions peuvent être envisagées.
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Solution |
Concept |
Dans quel cas ? |
Avantage |
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Accueil familial |
Vivre au domicile d'un accueillant agréé. |
Alzheimer débutant ou modéré. |
Chaleureux et à taille humaine. |
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Colocation seniors |
Maison partagée avec 6-10 colocataires et auxiliaires 24h/24. |
Alzheimer (tous stades). |
Convivialité et vie sociale stimulée. |
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Résidence services/ autonomie |
Appartement privé avec services (restauration, ménage…). |
Alzheimer très léger (autonomie préservée). |
Rester "chez soi" en toute sécurité |
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Accueil de jour |
Accueil en centre spécialisé ou en EHPAD quelques jours par semaine. |
Personne âgée en maintien à domicile avec besoin de stimulation. |
Maintient les capacités des seniors et aide les aidants. |
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Hébergement temporaire |
Séjour court en établissement (jusqu'à 3 mois). |
Transition, travaux au domicile ou répit de l'aidant. |
Sécurité totale pour une durée définie. |
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Le saviez-vous ? Certains EHPAD disposent d’unités spécifiquement dédiées à l’accueil des personnes âgées atteintes d’Alzheimer. - une Unité d’Hébergement Renforcée - une Unité cognitivo-comportementale (UCC) |
Même lorsqu'une entrée en EHPAD doit se faire sans le consentement de la personne âgée, elle conserve des droits fondamentaux. La loi du 2 janvier 2002 rénovant l'action sociale et médico-sociale garantit notamment le droit :
à la dignité,
au respect de la vie privée,
à la liberté d'expression
à la participation aux décisions qui la concernent
à un accompagnement bienveillant et personnalisé
Par ailleurs :
La personne âgée doit être informée de son entrée en EHPAD, même si elle ne peut pas y consentir pleinement.
Elle peut être représentée par un proche ou un mandataire pour défendre ses intérêts.
Aucune décision ne doit être prise dans son dos : même si son jugement est altéré, son vécu et ses émotions doivent être pris en compte à chaque étape du processus.
Lire aussi : Placement en EHPAD : démarches et droits des personnes âgées
Parfois, la situation se dégrade très rapidement et une entrée en maison de retraite médicalisée devient urgente. Même si aucune mesure de protection juridique n'a encore été établie, des solutions existent.
Il est ainsi possible de saisir en urgence le juge des contentieux de la protection pour demander une sauvegarde de justice — une mesure de protection provisoire — qui peut être mise en place très rapidement, parfois en quelques jours. Elle permet à un proche ou à un mandataire d'agir légalement au nom de la personne, notamment pour signer le contrat d'hébergement en EHPAD.
Cette demande peut également être initiée par un médecin, appuyée par l’avis d’un psychiatre et envoyée au procureur de la République.
L'assistante sociale de l'hôpital, du CCAS ou du Conseil départemental, peut également coordonner l'ensemble des démarches en urgence et identifier les établissements disposant de places disponibles rapidement.
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Le mandat de protection future : anticiper l’avenir pour être plus serein |
Oui, une personne atteinte d'Alzheimer peut refuser d’entrer en maison de retraite. Ce refus doit être entendu et respecté autant que possible. Cependant, lorsque les troubles cognitifs l’empêchent d’évaluer les risques pour sa propre sécurité, il est possible d'agir dans son intérêt malgré ce refus, notamment via une mesure de protection juridique ou avec l'appui des professionnels de santé.
Oui, dans certaines conditions. La loi française permet d'admettre une personne en EHPAD sans son consentement lorsqu'une mesure de protection juridique (tutelle, curatelle) est en place, ou en cas d'urgence médicale avérée. En dehors de ces cas, le consentement est en principe requis. Il est donc essentiel de se faire accompagner par un professionnel (médecin, travailleur social, juriste) pour agir dans le cadre légal.
Si la personne est sous tutelle, c'est le tuteur désigné par le juge qui signe le contrat d'admission. En l'absence de mesure de protection, la famille peut solliciter une habilitation familiale ou une mise sous tutelle.
Pas obligatoirement. La mise sous tutelle est une procédure lourde, réservée aux situations où la personne ne peut plus du tout gérer ses affaires. D'autres mesures moins contraignantes existent, comme la sauvegarde de justice ou la curatelle. Le juge des tutelles évalue la situation et choisit la mesure la plus adaptée.
Si un EHPAD refuse d'admettre votre proche, vous pouvez solliciter d'autres établissements, déposer un dossier MDPH pour obtenir des orientations prioritaires, ou contacter le Conseil départemental pour être accompagné dans vos démarches. En cas de litige sur une décision de placement, il est possible de saisir le juge des tutelles ou de faire appel à un médiateur médical.
*Article L. 311-3 du Code de l’Action Sociale et des Familles (CASF).
Sources :
https://www.pour-les-personnes-agees.gouv.fr/
https://www.legifrance.gouv.fr/
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